Désâmé

Désâmé

Patrice Desbiens

Language: English

Pages: 11

ISBN: 2:00346632

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


« Désâmé », c’est du Desbiens typique et classique. Un lecteur familier y retrouvera des effets vus ailleurs, assonances, comparaisons, constructions syntaxiques en parallèle, mots fétiches même.

L’originalité de ce recueil réside dans la nuance nouvelle des thèmes et images obsédants. Une originalité troublante de vérité. Mine de rien, parmi d’autres thèmes, celui de la mort qui s’y profile, et la sienne entrevue de bien plus près qu’avant. À ce thème s’allie, un peu plus appuyée, sa pratique de la poésie : rapports entre le poète et la poésie, entre le poème et la gangue de vie dont il s’extrait.

« Ce titre, Désâmé, indique en tous cas assez clairement que l’expérience de désenchantement et de désœuvrement (de déréliction ?) qui suscite le poème touche aux fibres de l’être. Peut-être davantage, ici, que dans ses précédents opus, cette expérience en est une d’écriture, Desbiens élaborant dans la première partie de son livre, judicieusement intitulée « Italiques », un art poétique aussi humble que malicieux, aussi désarmé que désarmant :

J’écris à la main
j’écris sur du pain
sans savoir
de quelle encre
le beurrer.

Je ne sais pas
de quel poème
vient le poème. »

« Voix et Images », no.7

Confidences en trompe-l'œil

Cockroach

As Long as the Rivers Flow

The Colony of Unrequited Dreams

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Debout près de sa voiture neuve la femme pleure tandis que le motocycliste couché dans une position pas trop catholique regarde le ciel couleur d’asphalte s’injecter dans ses yeux et se regarde saigner de sable et de sciures et la femme pleure les bras autour de la portière poquée de sa voiture neuve et on dirait une actrice une très mauvaise actrice parce qu’on ne sait pas si ses larmes sont pour l’homme recroquevillé comme un linge à vaisselle sale ou pour sa voiture très

il faut qu’elles se sauvent. Elles ne veulent pas manquer Omertà. 7. The breath of your body breaks my bones touches my life and blows up the phone. Je dis ton nom dans le téléphone. Le répondeur me dit que tu n’es pas là pour le moment mais il ne me dit pas avec qui. 8. Je suis au restaurant à Québec avec Skarzinski de Saskatchewan. Il ressemble tellement à Gérard Depardieu qu’on se fait toujours servir en premier. Je commande du pâté chinois. Il prend un fish and chips. La

Elle met sa main sur mon épaule et me dit qu’elle aime bien ce que je fais. Je souris et sirote patiemment jusqu’à ce que je réalise qu’elle m’a pris pour André Brassard. Je ne dis pas un mot. Je trempe mon sourire dans mon scotch et je la laisse finir son monologue. Elle me remercie et disparaît d’un pas calculé dans un nuage de boucane bleue. Le barman me dit quelque chose en anglais en riant. Je ne comprends rien. C’est Ross Desbiens. Nikita me sert un autre scotch

Ontario. Comme il fait souvent nuit en plein jour sur la rue Ontario on se met des palmiers sur la tête et on fait la danse de Saint-Guy. Tout est guidouné. Sur chaque coin de rue on lance des Je t’aime en l’air comme des confettis à un mariage qui sent déjà le consommé. Qui va pogner le bouquet brisé de la mariée mandarine ? Qui va réchauffer ses mains mortes aux funérailles ? Qui va payer le taxi déjà sur des blocs devant l’église ? 14. Je me prends pour un autre. Un autre

jamais mon poème traverse ces murs de suie et de sueur et que les rumeurs deviennent tumeurs dans les bouches à fermeture éclair des préposés il sera temps que j’aie de la visite… et qu’elle s’en aille… J’essaie d’écrire ce que je n’ai plus à dire mais les cordons ombilicaux cousus à mes bras font que ce que je veux dire ressemble aux vagues de la mer. Je ils j’en perds des grands . En pieds de bas ce que je sais je ne sais plus en trébuchant sur ma table de travail.

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