Le Marcheur

Le Marcheur

Pierre Fortin

Language: French

Pages: 122

ISBN: 2:00347371

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Jean Landry, professeur de photographie à l’Université du Québec à Montréal, est retrouvé dans un état frisant la catatonie. Pourquoi ne réagit-il plus? Un seul individu sait vraiment ce qui s’est passé. Il s’agit de Paul Garant.

Ainsi s’amorce le récit de l’ami qui raconte à Michèle, la fille de Jean, ce qui a mené son père à cet état. Nourri par sa quête de savoir frisant l’obsession, Paul lui raconte tout à l’aide des informations qu’il a glanées dans le journal personnel de Jean et par ses propres observations.

Il y a, entre autres, cette histoire d’un étrange collectionneur qui s’est approprié les photos, textes et documents de Jean et qui les a disséminés en les revendant à des brocanteurs et des galéristes. Il y a aussi les difficiles relations amoureuses de Jean. Même la marche, qui lui servait d’exutoire, ne lui procurerait plus la tranquillité d’esprit si nécessaire à son équilibre. Sentant qu’il ne s’appartenait plus, Jean a glissé dans un monde où la paranoïa nourrissait son quotidien.

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dire ce que je crois qu’il s’est produit. Parce que je le connais si bien, je réussis à me mettre dans sa peau quand il écrit, quand il photographie, quand il marche, le suivre dans ses propres documents et remplir les trous. Il m’a fallu quelques mois pour comprendre, et ce n’est même pas un de ses textes qui m’a mis sur la piste. C’est une de ses propres photographies, dans la vitrine d’un brocanteur. Jean et moi avions entrepris un projet photographique en collaboration. Nous avions tiré une

chambre puis, d’attouchement en attouchement, l’avait dévêtue, avait trouvé des foulards dans un tiroir pour lui bander les yeux et la fixer par les poignets et les chevilles. De toute évidence, l’homme aimait la lier et la femme y prenait plaisir aussi. Il n’y avait aucune trace de violence, de vêtements déchirés ni de cris de protestation. L’homme pouvait la regarder à sa guise, attendant le moment où elle aurait épuisé sa patience et, consciente du regard lascif de l’homme sur son corps,

frottées, une à une, pour qu’elles reluisent, car on ne pouvait pas tuer avec des balles sales. Ce n’était pas respectueux, prétendait-il. La mort exigeait un certain décorum. C’est ce qui lui répugnait dans les décès accidentels de la route. Les corps étaient déchiquetés, salis par l’huile des moteurs, les vêtements étaient déchirés, les os sortaient de la peau. Les accidents d’autos étaient odieux et n’avaient rien à voir avec les exécutions ou les mises à mort planifiées. Jean avancerait en

Désormais, il scrutait les images exposées dans les boutiques et fouillait les magasins de livres usagés, espérant y retrouver, dans quelque boîte empoussiérée, des documents lui ayant appartenu. Il s’est mis à visiter les brocanteurs, les marchés aux puces et les ventes de garage. D’abord dans son quartier, en parcourant les rues avoisinantes, puis de plus en plus loin. Plus il se cherchait, plus il s’éloignait de chez lui. Son exploration l’avait mené dans les coins malfamés de la ville,

spécificité. Il avait toujours voulu se singulariser. Cette fois-ci il avait voulu se démarquer en marchant à reculons, plus jeune il avait voulu le faire en buvant trop ou en mangeant de façon démesurée, et, récemment, en se faisant tatouer. Tout pour prendre une place dans l’univers. Se gonfler pour occuper un espace qui, écrivit-il, lui était nié. Imité, il devait choisir de marcher normalement. Cesser de reculer, d’avancer vers l’arrière. Alors il a cessé de marcher à reculons. Jean

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